La vie qui à soif de Vie
Dans notre vie quotidienne, à la base de toutes nos joies profondes, il y a une clarté, il y a la contemplation. Tout bonheur provient et est vécu depuis notre nature spacieuse et lumineuse. C’est comme si notre monde opaque d’illusion était superposé au monde vrai et libre. Le Royaume est là, sous nos pieds, mais nous ne le voyons pas. Ce que nous qualifions d’instants de bonheur, ici-bas, s’apparente en quelque sorte à des fenêtres qui s’ouvrent temporairement sur le Royaume. D’une autre façon, on pourrait dire que lorsque nous parvenons à vivre pleinement notre illusion, en fait, nous contactons la vérité. Nous en retirons un certain plaisir, une certaine satisfaction, mais nous ne réalisons pas le caractère infini et merveilleux de ce que nous rencontrons alors.
Je dirais que la contemplation est l’art de ne pas pratiquer, de ne pas s’impliquer dans un “faire” [?] spécial ou subtil. Globalement, c’est ne pas succomber au matérialisme spirituel. Ici, il n’est plus question de recourir une fois de plus à une stratégie. Il n’est plus question de laisser l’esprit décider pour nous en lui restant subordonné. Déjà, le simple fait de savoir que l’esprit est nôtre, que nous ne sommes pas celui-ci, nous restitue, réhabilite le “je Suis”. Ainsi, par le biais de notre sagesse, nous actualisons cet état libre de référence, éveillé de certitude et “d’êtreté”.
Nous pouvons aussi “tomber” dans le “je Suis” par le cœur. Il y a une façon de contacter l’être, de se retrouver en Soi à travers notre point de douceur. Il nous suffit d’évoquer le bonheur ou l’amour. Lorsque nous sommes heureux, où sommes-nous heureux ?…
Si nous comprenons que dans l’illusion notre recherche du bonheur est finalement une sorte de boucle plus ou moins élaborée qui renvoie au Soi, nous pouvons faire que ce détour se réduise jusqu’à sa plus simple expression en la Vie : “l’union du Ciel et de la Terre.”
J'ai cette anecdote du tout premier jour sur la base où j'étais affecté pour la durée de mon service militaire. Dans la chambrée, il y avait là trois commandos affalés sur les lits et qui bavardaient. À peine étions-nous entrés, que l’un d’eux nous toisant lança ce slogan : “Souffrir c’est vivre intensément.” Avec un sourire complice, tous trois nous dévisageaient guettant notre réaction…
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