Chercher : l'aspiration à l'éveil
Le bonheur ne se trouve pas avec effort et volonté,
Mais réside là ; tout proche,
Dans la détente et l'abandon.
Ne sois pas inquiet, il n'y a rien à faire.
Tout ce qui s'élève dans l'esprit n'a aucune importance.
Parce que dépourvu de toute réalité.
Ne t'attache pas aux pensées, ne les juge pas.
Laisse le jeu de l'esprit se faire tout seul.
S'élever et retomber,
Sans intervenir.
Tout s'évanouit et recommence à nouveau, sans cesse.
Cette quête même du bonheur est ce qui t'empêche de le trouver.
Comme un arc-en-ciel qu'on poursuit sans jamais le rattraper.
Parce qu'il n'existe pas, parce qu'il a toujours été là,
Et parce qu'il t'accompagne à chaque instant.
Ne crois pas à la réalité des choses bonnes ou mauvaises,
Elles sont semblables aux arcs-en-ciel.
À vouloir saisir l'insaisissable, on s'épuise en vain.
Dès lors qu'on relâche cette saisie, l'espace est là,
Ouvert, hospitalier, et confortable.
Alors jouis-en.
Ne cherche plus.
Tout est déjà tien.
À quoi bon aller traquer dans la jungle inextricable,
L'éléphant qui demeure tranquillement chez lui.
Cesse de faire.
Cesse de forcer.
Cesse de vouloir.
Et tout se trouvera accompli,
Naturellement.
Lama Guendune Rinpoché
Mahamoudra, Lama Guendune Rinpoché - Pocket, JC Lattès, 1997
Voir ou comprendre
Jésus disait : Reconnais ce qui est devant ton visage et ce qui t'est caché te sera dévoilé. Il n'y a rien de caché qui ne sera manifesté. (L'évangile de Thomas, J-Y Leloup) (Mt 10, 26)
Voir est la qualité cognitive et spontanée de notre Nature. L'esprit ne peut pas intervenir à ce niveau, pas plus que les reflets ne peuvent changer la nature de l'eau.
Il y a un Voir, une Vérité parfaite qui est déjà présente. C'est un peu comme si nous étions hypnotisés devant un téléviseur à essayer de changer de programme dans l'espoir de nous libérer. Cependant, la vérité que nous recherchons est là, sous nos yeux. Elle est cette “boîte à images” placée devant nous. Elles est ce siège où nous sommes assis, cette pièce avec toutes les personnes et les objets qui s'y trouvent. Elle est notre propre corps. Elle est cette vie, ces perceptions dans nos sens. Elle est cette Présence, cette clarté, cette actualisation qui nous accompagnent dans notre souffle et le battement de notre cœur. Elle est aussi notre imagination.
Si nous voulons connaître l'eau, il ne suffit pas de regarder les reflets qui dansent à sa surface. Il est nécessaire que nous la contactions à un “autre niveau”. Il nous faut par exemple la boire ou nous y baigner.
L'éveil ordinaire, le don du cœur
L'éveil ordinaire est le passage de ce que nous croyons être, à ce que nous sommes véritablement. C’est cette rencontre simple avec « soi » qui n’a pas eu lieu, tel un rendez-vous manqué ou constamment différé. Il n’y a pas d’organisation, d’association, de philosophie, de méthode, de maître, qui pourront nous donner ce qui est en nous et que nous persistons à ne pas voir. Dans le jeu de l'illusion, nous sommes l'unique condition à nous-mêmes. Et quand bien même nous serions convaincus qu’il nous faut traverser l’univers afin de nous trouver, en définitive, c’est dans notre cœur que La Rencontre nous attend et qu’elle a lieu !
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L'éveil ordinaire, le don du cœur
Denis Marie
Editions L'Originel - Charles Antoni
Publié le 30 novembre 2007
La Libération par la vision nue de la nature de l’esprit (Padmashambava)
N'est pas reconnu bien qu'il soit notre propre nature fondamentale.
Son flux est constant mais nous l'ignorons.
Son intelligence lumineuse et sans faille n'est pas perçue
Alors qu'elle émerge de toute chose.
Les héros ont proclamé l'inconcevable
Et la totalité des enseignements les plus secrets
Ne disent rien d'autre que cette suprême réalisation.
Bien que les écritures soient aussi vastes que le ciel,
Elles n'enseignent rien d'autre que cet esprit d'identité,
Cette introduction directe est réservée aux héros.
Elle seule vous fait pénétrer l'absolu de plein pied.
Victoire!
Vous, mes enfants fortunés, écoutez !
"L'Esprit" ce mot si connu et si méconnu,
Les êtres n'en savent rien !
Leur compréhension manque l'essentiel!
Cette réalité leur échappe!
Aliénés par l'individualité, ils passent à côté de la nature de l'esprit
Et du même coup à côté de leur propre nature.
Ils errent dans l'incertitude des trois royaumes,
Et manquent l'essentiel !
Les ascètes et les maîtres clament leur compréhension
Mais ignorent ce trésor ! Lire la suite...
Entretiens (Houang-po)
Voici donc notre primordialement pur esprit : il n'y est pas de différence entre les êtres vivants et les Bouddhas, les montagnes et les fleuves du monde, ce qui a forme et ce qui n'en a pas, et la totalité des univers de tous les espaces y forme une parfaite égalité, sans les caractères particuliers du « même » et de « l'autre ». Ce primordialement pur esprit est toujours en plénitude et sa luminosité éclaire toutes choses. Ne l'ayant pas réalisé, les gens du commun confondent cet esprit avec leur conscience ordinaire. Leur conscience ordinaire les obscurcit et ils n'aperçoivent pas la subtile clarté de leur être fondamental. Car quand on saute directement dans le non-esprit, l'être fondamental se manifeste de lui-même, comme la grande roue du soleil qui s'élève dans l'espace vide en illuminant tous les horizons sans rencontrer le moindre obstacle. Ainsi, l'adepte qui ne reconnaît que sa conscience ordinaire rejette cette conscience pour « passer à l'action », mais de la sorte, il se coupe immédiatement la voie d'accès à l'esprit, qu'il ne peut donc plus atteindre. Reconnaissez votre esprit fondamental uniquement dans votre conscience ordinaire, parce que, si votre esprit fondamental n'appartient pas à votre conscience ordinaire, il n'en est pas non plus séparé. Il vous suffit de ne pas théoriser sur votre conscience ordinaire, de ne pas avoir de pensées à son sujet, de ne pas non plus vous en séparer pour chercher l'esprit et de ne pas la rejeter pour vous emparer de la méthode. Rien de médiat ou d'immédiat, rien qui demeure ou s'accroche, en tous sens rien que liberté, et partout le lieu même de la Voie.
Quand les gens ordinaires entendent parler de la méthode de transmission de l'esprit de tous les Bouddhas, ils affirment qu'il y a en plus de cet esprit une méthode que l'on peut attester, saisir. Ils partent alors avec leur esprit à la recherche de cette méthode, en ignorant que cet esprit est la méthode et que la méthode, c'est l'esprit. On ne peut pas avec l'esprit chercher un autre esprit. Essaierait-on pendant des milliers et des milliers de kalpas qu'on ne trouverait, en fin de compte, rien. Mieux vaut accéder sur le champ au non-esprit, car telle est la méthode fondamentale. C'est comme ce brave qui a perdu la perle de son front. Il la cherche ailleurs, dans toutes les directions, sans jamais la trouver. Qu'un sage la lui montre et immédiatement il voit par lui même que sa perle est là, entre ses sourcils, où elle a toujours été. Les adeptes donc ont perdu leur esprit fondamental, ils n'y reconnaissent pas le Bouddha, qu'ils cherchent ailleurs, ils se livrent à des pratiques méritoires et, suivant la voie du témoignage progressif, ils poursuivent des kalpas durant leur quête acharnée et jamais ne parviennent au terme de la Voie. Ils feraient mieux d'accéder directement au non-esprit ! Quand on sait avec certitude que rien n'a, au fond, d'existence qu'on ne peut rien trouver et qu'on a alors rien sur quoi s'appuyer, se fixer, qu'il n'y a pas de sujet ni d'objet, plus aucune pensée erronée ne s'agite et l'on atteste l'Éveil. Lorsque vient le moment de témoigner de la Voie, c'est seulement de son propre esprit-Bouddha fondamental qu'on témoigne. Des kalpas de mérites ne sont que vaines pratiques. Quand le brave retrouve sa perle, ce qu'il trouve
n'est autre que la perle qu'il avait déjà au front et non le fruit d'une ardente recherche tournée vers lé dehors. Par conséquent, le Bouddha dit : « Dans l'Éveil suprême, je n'ai en fait rien trouvé. » Mais, craignant qu'on n'ait pas confiance en lui, il parla de ce que voient les cinq yeux et de ce que disent les cinq discours : la réalité n'est pas un simple vide. Telle est la vérité absolue. (…)
Entretiens - Houang-po Maître Tch’an du IXe siècle
Traduction Patrick Carré
Ed. Seuil - Points Sagesse
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